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Syndrome de l’imposteur : 10 questions que l’on se pose quand on doute de sa légitimité au travail

il y a 17 heures
10 min de lecture

Pourquoi puis-je être compétent et continuer à douter de ma légitimité ? Pourquoi une promotion, une reconnaissance ou même une réussite ne suffisent-elles pas toujours à me faire sentir « à ma place » ? Comment arrêter de croire que les autres vont finir par découvrir que je ne suis pas aussi compétent qu’ils le pensent ? Syndrome de l’imposteur : 10 questions que l’on se pose quand on doute de sa légitimité au travail



Le sentiment de légitimité ne naît pas uniquement de notre personnalité. Il se construit au fil de notre histoire, de nos expériences, de la reconnaissance reçue — ou non — mais aussi des environnements professionnels dans lesquels nous évoluons, des modèles auxquels nous nous comparons et des règles, parfois implicites, auxquelles nous pensons devoir nous conformer.

C’est précisément l’un des sujets que j’explore dans mon livre Stop, je prends ma vraie place au travail ! : comprendre ce qui nous pousse à douter de notre place pour retrouver une marge d’action sur la manière dont nous souhaitons l’occuper.


Voici donc les réponses aux principales questions que l’on se pose sur le syndrome de l’imposteur.


1. Qu’est-ce que le syndrome de l’imposteur ?

Le syndrome de l’imposteur désigne cette difficulté à attribuer ses réussites à ses propres compétences. La personne réussit, mais explique sa réussite autrement : elle a eu de la chance, elle était là au bon moment, le projet n’était finalement pas si difficile, les autres l’ont surestimée…

Et lorsqu'elle reçoit un compliment ou une reconnaissance, celui-ci ne vient pas nécessairement modifier ce qu'elle pense d'elle-même.

C'est tout le paradoxe : les preuves extérieures existent, mais elles ne suffisent pas toujours à produire un sentiment intérieur de légitimité.


Le phénomène a été décrit à la fin des années 1970 par les psychologues Pauline Rose Clance et Suzanne Imes auprès de femmes ayant connu une forte réussite académique ou professionnelle. Depuis, les recherches ont largement dépassé cette population initiale.

Précisons également que, malgré l'expression très répandue de « syndrome de l'imposteur », il ne s'agit pas d'une maladie ni d'un diagnostic clinique reconnu en tant que tel. Les chercheurs parlent d'ailleurs également de « phénomène de l'imposteur ».

Cette nuance me paraît importante : douter de sa légitimité ne signifie pas que quelque chose ne va pas chez nous.

La vraie question est plutôt de savoir ce que ce doute nous fait faire ou nous empêche de faire.


2. Comment savoir si l’on souffre du syndrome de l’imposteur ? Existe-t-il un test ?

Il existe notamment l'échelle développée par Pauline Clance, fréquemment utilisée dans les recherches sur le phénomène de l'imposteur. Mais aucun test en ligne ne devrait être utilisé comme un diagnostic.

On peut néanmoins repérer certains mécanismes très caractéristiques :

  • attribuer régulièrement ses réussites à la chance ou aux circonstances

  • minimiser ce que l'on sait faire

  • craindre d'être « démasqué »

  • beaucoup travailler pour être certain d'être irréprochable

  • attendre de maîtriser parfaitement un sujet avant de s'exprimer

  • avoir du mal à recevoir un compliment sans immédiatement le relativiser

  • se comparer à ceux qui semblent plus expérimentés ou plus sûrs d'eux

  • hésiter à demander une promotion, augmenter ses tarifs, prendre la parole ou saisir une opportunité parce que l'on ne se sent « pas encore assez » légitime.


Mais il y a un critère qui me semble encore plus intéressant, observer ce que l'on exige de soi avant de s'autoriser à agir.

Combien de diplômes ? Combien d'années d'expérience ? Combien de preuves ? Combien de validations supplémentaires faudra-t-il encore accumuler ?

Car l'une des difficultés du syndrome de l'imposteur est là, la ligne d'arrivée peut sans cesse reculer.


3. Pourquoi des personnes très compétentes peuvent-elles souffrir du syndrome de l’imposteur ?

Parce que compétence et sentiment de compétence sont deux choses différentes !

On pourrait penser qu'il suffit d'accumuler les réussites pour se sentir légitime. Pourtant, ce n'est pas toujours ce qui se produit.

Une promotion peut même parfois renforcer le doute : le niveau d'exigence augmente, les repères changent et l'on se retrouve à nouveau débutant dans une partie de son rôle.

C'est une idée centrale, la reconnaissance extérieure ne crée pas automatiquement l'autorisation intérieure.l

J'en ai moi-même fait l'expérience. Recevoir une reconnaissance importante peut procurer de la joie tout en faisant surgir presque immédiatement une autre voix : « Pourquoi moi ? », « Est-ce réellement justifié ? », « Suis-je à la hauteur de ce que cette reconnaissance raconte de moi ? »

Cela ne signifie pas que la reconnaissance ne sert à rien. Cela signifie simplement qu'elle ne peut pas effectuer à notre place tout le travail de légitimation.

C'est pourquoi je défends cette conviction : la légitimité se construit, elle ne se reçoit pas.

Une distinction, un titre, une promotion ou un nouveau poste peuvent apporter des signes de reconnaissance. Mais il reste ensuite à s'autoriser à les habiter.



4. Quelles sont les causes du syndrome de l’imposteur ?

Il serait tentant de chercher une cause unique : l'éducation, le manque de confiance, une expérience professionnelle difficile…

En réalité, plusieurs dimensions peuvent se croiser.

Notre histoire personnelle compte évidemment. La manière dont la réussite, l'erreur, la comparaison ou la performance ont été valorisées pendant l'enfance peut influencer notre rapport à la légitimité.

Nos expériences professionnelles comptent également. Être régulièrement reconnu ne produit pas les mêmes effets qu'évoluer dans un univers où les critères de réussite sont flous, où les signes de reconnaissance sont rares ou où l'on ne sait jamais réellement si ce que l'on fait est suffisant.

Et puis il y a les normes sociales. Les personnes auxquelles nous avons appris à associer spontanément l'autorité, l'expertise, la réussite ou le leadership influencent aussi notre capacité à nous projeter dans certaines places. Voilà pourquoi je trouve insuffisant de répondre au syndrome de l'imposteur uniquement par : « Vous devez avoir davantage confiance en vous. »

Il faut bien sûr travailler sur soi. Mais il faut aussi apprendre à regarder ce dans quoi nous travaillons.

5. Le syndrome de l’imposteur est-il simplement un manque de confiance en soi ?

Non.

On peut avoir confiance dans certains domaines et se sentir profondément illégitime dans d'autres.

On peut être parfaitement à l'aise avec ses compétences techniques et perdre ses moyens lorsqu'il faut les rendre visibles. Être très compétent dans son métier et douter lorsqu'il faut devenir manager. Se sentir légitime avec ses clients mais beaucoup moins face à des personnes que l'on juge plus diplômées ou plus expérimentées.

La confiance en soi pose souvent la question : « Est-ce que je suis capable de faire cela ? »

Le sentiment de légitimité en pose une autre : « Est-ce que je m'autorise à être celui ou celle qui fait cela ? »

La différence paraît mince. Elle change pourtant beaucoup de choses.

Dans Stop, je prends ma vraie place au travail !, je parle notamment de cette autorisation professionnelle que nous attendons parfois des autres : être suffisamment validé, choisi, reconnu ou rassuré avant d'oser avancer. Or il existe un moment où cette autorisation doit aussi venir de nous.


6. Pourquoi perfectionnisme et syndrome de l’imposteur vont-ils souvent ensemble ?

Parce que lorsqu'on doute de sa légitimité, être irréprochable peut devenir une stratégie de protection.

Si je ne dois commettre aucune erreur pour avoir ma place, je vais vérifier davantage.

Si je dois maîtriser parfaitement un sujet avant de parler, je vais préparer davantage.

Si je pense devoir prouver en permanence ma valeur, je vais peut-être répondre plus vite, accepter davantage de demandes, travailler davantage ou avoir beaucoup de mal à dire non.

Ce mécanisme rejoint ce que je nomme dans mon livre la dette invisible : cette impression de devoir sans cesse en faire un peu plus pour justifier sa place ou sa valeur, alors même que personne ne nous a toujours explicitement demandé ce supplément.

Cette stratégie peut même être récompensée professionnellement.

La personne devient celle qui répond toujours présente. Celle qui anticipe. Celle à qui l'on peut tout demander. Celle qui travaille énormément.

Le problème n'est donc pas qu'elle manque de compétences. Le problème est parfois qu'elle utilise une quantité considérable d'énergie pour continuer à prouver des compétences qu'elle possède déjà.

Et c'est là que le doute de légitimité peut devenir épuisant. Les travaux scientifiques ont d'ailleurs retrouvé des associations entre phénomène de l'imposteur, détresse psychologique, épuisement professionnel et moindre satisfaction au travail.


7. Le syndrome de l’imposteur touche-t-il davantage les femmes ?

Le syndrome de l'imposteur a d'abord été étudié chez les femmes, ce qui a parfois conduit à le présenter comme un phénomène essentiellement féminin.

Les recherches actuelles invitent à être plus nuancé.

Une méta-analyse publiée en 2024, portant sur plus de 40 000 participants, observe bien en moyenne des scores plus élevés chez les femmes, mais avec un écart qui reste modéré et varie selon les contextes.

Il serait donc faux d'en conclure que les femmes seraient naturellement plus enclines à douter d'elles-mêmes.

La question qui m'intéresse davantage est celle-ci : dans quelles conditions apprend-on à se sentir légitime ?

Lorsque l'on rencontre moins de personnes auxquelles s'identifier dans certaines fonctions, lorsque les modèles dominants du leadership nous ressemblent peu ou lorsque l'on a intégré qu'il fallait démontrer davantage avant de pouvoir prétendre à certaines places, le doute n'est pas seulement une affaire de tempérament.

Et c'est une distinction essentielle.

Sinon, nous risquons de demander aux individus de corriger seuls les effets de situations qui sont aussi collectives.

Livre Stop, je prends ma vraie place au travail. Emilie Berthet
Livre Stop, je prends ma vraie place au travail !

8. Comment le syndrome de l’imposteur se manifeste-t-il au travail ?

Il ne prend pas toujours la forme spectaculaire d'une personne paralysée par le doute.

Il peut être beaucoup plus discret.

C'est ne pas lever la main alors que l'on connaît la réponse.

Reporter une candidature parce qu'il nous manque deux compétences sur dix.

Ne pas négocier son salaire.

Accepter une mission supplémentaire parce que refuser nous donne l'impression de ne pas être suffisamment engagé.

Passer trois heures sur une présentation qui en nécessitait une.

S'excuser avant même d'avoir exprimé une idée.

Attendre de devenir « vraiment expert » avant de publier, de prendre la parole, de développer son activité ou de défendre un projet.

Autrement dit, le syndrome de l'imposteur ne touche pas seulement ce que nous pensons de nous-mêmes. Il peut modifier ce que nous faisons de notre place. Et c'est précisément là que le sujet devient professionnel.

9. Est-ce forcément à l’individu de changer ?

C'est probablement la question que j'aimerais le plus voir apparaître lorsque l'on parle du syndrome de l'imposteur.

Car le discours autour du sujet produit parfois une injonction paradoxale : une personne doute parce qu'elle évolue dans un environnement ambigu ou très exigeant, puis on lui explique qu'elle doit simplement travailler sa confiance en elle.

Bien sûr que nous pouvons agir individuellement.

Mais certains environnements facilitent davantage que d'autres la construction de la légitimité.

Des attentes claires, des retours précis, la possibilité de poser des questions, le droit à l'erreur, la reconnaissance du travail réalisé, des rôles compréhensibles et des modèles de leadership diversifiés changent aussi notre manière d'occuper une place.

Il ne s'agit pas pour autant d'opposer l'individu à l'entreprise.

Il s'agit de comprendre les interactions entre les deux.

C'est d'ailleurs le fil rouge de Stop, je prends ma vraie place au travail ! : notre place professionnelle n'est ni entièrement imposée par le système ni entièrement déterminée par notre psychologie. Elle se construit dans la rencontre entre les deux.

Comprendre ces mécanismes permet alors de retrouver une marge d'action.



10. Comment sortir du syndrome de l’imposteur ?

Je commencerais par changer légèrement la question.

Plutôt que : « Comment faire disparaître définitivement mes doutes ? »

Je préfère : « Comment faire pour que mes doutes ne décident plus à ma place ? »

Car vouloir supprimer tout doute peut devenir une nouvelle exigence impossible à atteindre.

Le doute peut parfois être utile. Il permet de vérifier, d'apprendre, de préparer, de rester attentif.

Ce qui devient problématique, c'est lorsqu'il nous empêche systématiquement d'agir ou nous oblige à fournir toujours davantage de preuves avant de nous sentir autorisés.

Le travail consiste alors d'abord à identifier précisément les situations dans lesquelles le sentiment d'illégitimité apparaît.

Face à qui est-ce que je doute ?

Dans quelles situations ?

Qu'est-ce que je crains exactement ?

D'être jugé ? De me tromper ? De ne pas savoir répondre ? De décevoir ? Que quelqu'un soit meilleur que moi ?

Puis vient une deuxième étape : distinguer les faits de l'interprétation que nous en faisons.

« Je ne connais pas la réponse à cette question » ne signifie pas « je ne suis pas légitime dans mon métier ».

« Cette personne possède plus d'expérience que moi » ne signifie pas « je n'ai rien à apporter ».

« J'ai encore des choses à apprendre » ne signifie pas « je suis un imposteur ».

Enfin, il faut remettre de l'action là où le doute avait installé de l'attente.

Prendre la parole avant de se sentir parfaitement prêt.

Envoyer cette candidature.

Présenter cette idée.

Dire non à une demande supplémentaire.

Accepter un compliment sans immédiatement l'annuler.

Faire quelque chose avec 80 % de certitude plutôt que d'attendre les 100 % qui n'arriveront peut-être jamais.

C'est aussi ainsi que se construit la légitimité : non pas avant l'action, mais souvent grâce à elle. La légitimité se construit, elle ne se reçoit pas

Nous cherchons parfois le moment où quelqu'un viendra enfin nous confirmer : « Ça y est, maintenant vous avez le droit. Vous êtes suffisamment compétent. Vous avez votre place. »

Ce moment arrive rarement sous cette forme.

Et même lorsqu'une validation extérieure existe, elle ne fait pas disparaître tous les doutes.

Prendre sa place ne signifie donc pas ne plus jamais hésiter.

Cela signifie apprendre à reconnaître ses compétences sans les minimiser, comprendre les mécanismes qui nourrissent nos doutes, regarder lucidement l'environnement dans lequel nous évoluons et surtout cesser d'attendre d'être parfaitement certain de notre légitimité pour commencer à agir.

Notre place au travail n'est d'ailleurs pas nécessairement une case définitive qu'il faudrait enfin réussir à trouver.

Elle évolue. Elle se négocie. Elle se transforme avec nos expériences, nos choix et les environnements que nous traversons.

L'enjeu est moins de trouver une place idéale que de comprendre comment nous voulons occuper celle dans laquelle nous sommes — et comment nous voulons évoluer vers la suivante.

C'est tout le propos de mon livre Stop, je prends ma vraie place au travail ! : croiser récits, observation, sociologie et outils concrets pour comprendre ce qui nous pousse parfois à subir notre place professionnelle et retrouver la possibilité de la choisir davantage.


Comprendre un mécanisme est une première étape. Il peut ensuite être nécessaire de travailler sur la manière très concrète dont il se manifeste dans votre quotidien : syndrome de l'imposteur, peur de prendre la parole, difficulté à vous affirmer, surinvestissement, comparaison, stress, sentiment de ne jamais en faire assez ou difficulté à vous sentir légitime dans une nouvelle fonction.

Je propose désormais un accompagnement individuel personnalisé en 6 séances, construit autour de votre situation et de votre objectif.

Nous travaillons à la fois sur la compréhension de vos mécanismes, votre posture, vos émotions et les actions concrètes qui peuvent vous permettre de retrouver davantage de marge de manœuvre dans votre vie professionnelle. L'accompagnement s'appuie notamment sur mon approche de la sophrologie, du coaching et sur le travail que je mène autour de la place et de la légitimité.

L'objectif n'est pas de devenir une personne qui ne doute jamais.

Il est de faire en sorte que le doute ne choisisse plus votre place à votre place.

 
 
 

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